CONNAITRE LES METIERS DE LA BUTTE AUX CAILLES (5) par les jeunes de l’atelier 6ème / 5ème

Connaitre les métiers de la Butte aux cailles, suite par l’atelier des 6eme et 5eme

Les jeunes de l’atelier ont rencontré Manuel Herraiz, Principal de collège.

Nous tenons tout particulièrement à remercier Manuel Herraiz qui a, non seulement répondu à cette interview, mais qui a aussi accueilli notre association au sein d’un partenariat très fructueux avec le collège George Sand durant 2 ans. Il part vers un autre établissement et nous lui souhaitons bonne chance. Nous sommes persuadés que la voie est tracée et que désormais l’aide à la parentalité, qui est une de nos missions, saura bénéficier de projets du même type avec des établissement scolaires du quartier et bien sûr avec la nouvelle direction de George Sand.

LE METIER DE PRINCIPAL DE COLLEGE

Pourriez-vous rapidement vous présenter ?

Je m’appelle Manuel Herraiz, je suis le principal du Collège George Sand depuis mars 2019. J’ai cinquante-deux ans. Je suis originaire du sud de la Seine et Marne et j’ai grandi dans un petit village où il y avait trois maisons et deux fermes. J’allais chercher le lait directement à la ferme quand j’étais petit.

Vos études, des sciences aux lettres…une formation polyvalente :

J’ai eu un bac scientifique puis après deux années de classes préparatoires littéraires, j’ai obtenu une maitrise de Lettres modernes. J’ai ensuite passé le concours d’enseignement et suis devenu professeur dans des lycées professionnels pendant dix ans. J’ai ensuite passé un concours de personnel de direction.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Au départ, j’étais entouré de personnes qui passaient le concours de professeur mais moi, je ne me sentais pas capable d’être « prof ». C’était une trop grosse responsabilité de s’occuper d’élèves. J’ai quand même passé le concours parce que je devais subvenir à mes besoins et cela a été une révélation.

J’ai appris qu’un enseignant, c’était aussi un éducateur qui devait savoir écouter les enfants, surtout réussir à créer un lien de confiance avec les jeunes.

Quant au métier de principal d’établissement, c’est une proviseure qui m’a dit un jour « Manuel, il faut absolument que vous passiez le concours de principal ». Je me suis dit « Elle est complètement folle de me proposer cela !». Puis en y réfléchissant, je me suis dit « pourquoi pas ! ». Sauf que j’ai dû essayer plusieurs fois avant d’y arriver. Il fallait rédiger une lettre de motivation. Je l’ai faite lire à une psychologue qui m’a dit « Vous avez tout fait pour ne pas l’avoir !». Je n’étais pas content mais j’ai retravaillé le dossier et changé ma lettre de motivation. Et l’année d’après, j’ai eu mon concours.

Qu’est-ce que vous avez mis dans votre lettre de motivation ?

Je voulais être chef d’établissement car je me rendais compte quand j’étais professeur qu’un principal pouvait laisser une empreinte dans un établissement, qu’il pouvait donner une direction aux professeurs, aux personnels de l’établissement et faire en sorte que les élèves soient heureux et à l’aise dans le collège. Quand on est Principal, on peut changer les choses pour que les enfants soient plus heureux.

De quel métier avez-vous rêvé quand vous étiez enfant ?

Quand j’étais petit, je voulais être photojournaliste car j’étais très tôt révolté par les injustices, les guerres. Adolescent ensuite, j’ai suivi le mouvement en France qui s’appelait « la marche des Beurs » et qui parlait de jeunes dont les parents n’étaient pas nés en France pour dénoncer les inégalités raciales. D’où l’intérêt de faire du journalisme…. Ils avaient fait des badges « SOS Racisme » et j’en portais des dizaines sur mon blouson…

Est-ce que vous avez aimé l’école et le collège ?

J’ai adoré l’école parce que j’étais dans une école de campagne toute petite. L’école était tenue par un couple d’instituteurs et c’étaient des gens absolument merveilleux. Ils nous ont appris à penser aux autres, ne pas être égoïste tout en prenant soin de nous-mêmes. Ils nous enseignaient le fait que ce que l’on faisait avait une conséquence sur les autres. On faisait des sorties dans la nature. On ramassait des œufs de grenouilles, on les mettait dans un aquarium, on les regardait éclore et devenir des têtards. Après, on les remettait dans la mare.

Le collège, j’ai moins aimé, c’était trop violent, j’avais l’habitude de la campagne et étant d’origine espagnole, j’étais victime de racisme. Au collège, c’était difficile d’exister autrement que dans un rapport de force.

Justement vous réussissiez bien au collège ?

J’étais un bon élève, j’ai travaillé, j’adorais ça travailler. J’adorais apprendre et comprendre, plus je travaillais, plus je comprenais et plus j’apprenais.

Je comprenais ce qui se passait autour de moi. Ça, c’était important car au départ ce sont mes parents qui voulaient que je travaille car mon père et ma mère ne sont jamais allés à l’école.

Je me souviens du jour où ma sœur, alors en classe de seconde, est rentrée avec des livres recommandés par son professeur de Français… Ma sœur avait compris l’importance de l’écrit et de la lecture. Et surtout elle avait compris que dans nos familles, les livres nous ouvraient un monde absolument extraordinaire. Pour elle, c’était une première. Elle nous obligeait à lire. Aujourd’hui, j’adore lire. C’est comme quand on pratique du sport, c’est difficile au début puis on s’habitue. Lire, cela permet de vivre des vies que l’on ne pourrait jamais vivre en vrai. Vous pouvez vivre sur une autre planète, vivre au Moyen-Age, être une femme, un bébé, c’est absolument extraordinaire.

Quelle matière vous détestiez le plus au collège ?

L’Education physique et sportive car j’étais en surpoids et on se moquait beaucoup de moi. Je pleurais à chaque fois qu’on avait piscine pour essayer d’y échapper.

Et celles préférées ?

Les Arts plastiques. Nous avons fait une fresque très grande sur un mur du collège, des figurines en argile. J’aimais aussi l’Education manuelle et technique (EMT). J’ai appris à cuisiner et à relier des livres. On devait ramener des ouvrages dont on restaurait les couvertures comme des livres anciens.

Pourriez-vous décrire votre journée type ?

J’arrive tôt au collège, je prends un café avec la principale adjointe pour faire le point sur la veille, les problématiques de l’établissement. Ensuite, je lis mes mails, je suis présent lors des entrées des élèves et après, il peut se passer plein de choses. Les journées ne sont jamais les mêmes, on travaille aussi avec les inspecteurs, le rectorat, la mairie….

Je peux aussi avoir des rendez-vous avec des élèves, avec des parents pour faire le bilan du trimestre. Actuellement, on travaille beaucoup avec les 3eme et les associations. Tous les lundis matin, je réunis la direction. Je vois beaucoup de professeurs tous les jours et on parle des élèves et des projets qui seront présentés au Conseil d’administration. 

Pourriez- vous décrire votre mission ?

Ma mission est de piloter le collège comme si on était au volant d’une voiture ou d’un avion et de m’assurer que l’avion arrive à sa destination. Et pour cela, il faut définir la destination. Nous avons ce qu’on appelle des indicateurs c’est à dire que l’on a des données chiffrées sur l’établissement : la provenance des élèves, les réussites, les résultats au brevet. A partir de ces résultats, je fais un diagnostic sur l’état du collège.

Concrètement pour mener à bien ces missions, je discute avec des représentants de l’Académie sur l’évolution des élèves du collège. Il s’agit de comprendre certains constats : pourquoi a-t-on beaucoup de redoublement à un moment du cycle, quels sont les critères d’orientation vers les lycées professionnels et seconde générale ?

Autres exemples, je travaille sur la gestion des compétences des élèves et fais le lien entre les parents et des élèves et je peux être amené à soutenir un professeur quand il en a besoin.  Je suis en étroite collaboration avec les professeurs principaux. La principale adjointe, Madame Martial, est en charge des emplois du temps de toutes les classes.

Le conseil de discipline, comment ça marche ? :

Le proviseur préside le conseil de discipline et veille à son bon déroulement dans le respect de la loi. Ce conseil se réunit pour les cas très graves (ex : un enfant qui rentre au collège avec une bombe lacrymogène). Les membres votent pour prendre une décision concernant le comportement du jeune qui fait l’objet du conseil de discipline.

Votre collège en deux mots ? :

Dans le collège George Sand il y a 35 professeurs pour 450 élèves.

Le mot de la fin :

Je suis heureux de voir grandir les élèves et j’ai l’impression d’avoir réussi mon travail quand des élèves qui rentrent en classe de 6ème et en sortent en 3ème sont capables de se projeter dans leur avenir, d’être heureux et en paix avec eux-mêmes et d’avoir confiance en eux. C’est une grande responsabilité juridique et morale car les parents me confient la scolarité de leurs enfants – ce qu’ils ont de plus précieux -et leur réussite.  

Tous les jeunes de l’atelier

A propos Admin Les amis de la Bienvenue

L’association, Les amis de la Bienvenue, a pour but de réunir ceux qui désirent créer et approfondir les relations de quartier en prenant toutes initiatives propres à faciliter l’information, la connaissance des hommes et du monde, le dialogue, la solidarité et l’égalité des chances. Elle se fonde sur le respect de l’égale dignité de toute personne humaine. Elle s’adresse à tous, adultes et enfants, sans discrimination.
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