MAKABA RACONTE SON CONFINEMENT

Dessin de Makaba

La première semaine : c’était compliqué de faire mes devoirs. J’ai dû aller au collège, pour chercher mes devoirs. Mais je trouve que le confinement nous rapproche. On peut passer plus de temps avec notre famille. Moi depuis le début, je joue tous les jours avec mes deux sœurs. La deuxième semaine : ma mère est allée m’acheter un ordinateur pour que je puisse faire mes devoirs plus facilement. Le confinement nous oblige à rester chez nous. Maintenant que l’on doit rester chez nous on a encore plus envie  de sortir. C’est dommage que le confinement a été rallongé car on perd du temps de cours.

« MON CONFINEMENT A MOI » PAR LES JEUNES DE L’ATELIER D’ANNE-LISE

En ces temps de confinement, notre groupe du mercredi après-midi composé de jeunes âgés de 9 à 11 ans a continué à réfléchir, écrire, agir ensemble.

Ils ont ainsi écrit des textes, chacun de leur côté, rédigé à plusieurs voix une interview exclusive d’une animatrice passionnante de l’association et réalisé quelques dessins.

Il est important pour moi de garder contact avec eux et je me réjouis de leurs contributions tant au niveau de l’écrit que la finesse des questions posées. Un petit clin d’œil à Célestin Freinet pour qui l’expression personnelle, le questionnement sont au cœur de l’apprentissage….

                                   Anne-Lise

Makaba Fané raconte

Djénéba Dramé raconte

Mahamadou Keita raconte

Djibril Dramé raconte

QUE DU BONHEUR ?

Que du bonheur ?

C’est ce que nous proposent les émissions de divertissement et leurs rires enregistrés, les clubs de vacances et leurs oasis paradisiaques, les vendeurs de voitures comme de Nutella… Des promesses de satisfaction sans nuage, de mise à disposition immédiate et sans peine.

Un seul impératif : « oubliez tout ». Oubliez le coût de la voiture ou du séjour, l’huile de palme et ses dangers, la réalité quotidienne qui va nous rattraper bien vite…

Il n’y a bien sûr aucun mal à savourer des moments de plaisir mais, au-delà de son caractère éphémère, le plaisir est-il suffisant pour parler de bonheur ?

Le plaisir est partiel, limité, il ne mobilise qu’une partie de ce que nous sommes ; on peut éprouver un instant de plaisir à savourer un bon plat, à écouter de la musique, à regarder des arbres en fleurs alors même que l’on est profondément triste. On peut rechercher un plaisir même si l’on sait qu’il va s’accompagner d’une certaine honte ou d’un sentiment de culpabilité.En ce sens, le plaisir est moins profond, moins complet que la joie qui engage tout notre être.

Au delà du plaisir, c’est de la joie qu’on éprouve lorsqu’on parvient à atteindre un but dans lequel on a engagé beaucoup de soi, qui a longtemps habité nos rêves, pour lequel on a travaillé, lutté.

Réussir un examen ou une entreprise difficile, voir naître un enfant, être entouré de ceux qu’on aime ou savoir qu’ils vivent bien ; c’est plus que du plaisir… Est-ce vraiment LE Bonheur ?

La définition la plus simple et la plus juste du bonheur le caractérise comme : « un état de plénitude, de pleine satisfaction ». Cela nous renvoie à des moments privilégiés que nous avons tous connus, ceux où nous nous sentons pleinement en accord avec ce que nous vivons, où tout notre être est positivement présent dans son présent..

Cela peut être l’intensité de la joie qui nous envahit lors de la réussite d’une action individuelle ou collective dans laquelle nous nous sommes ou nous nous sentons profondément engagés.

Cela peut être aussi, la joie paisible et sereine que l’on peut éprouver dans ces moments contemplatifs, suspendus, où l’on est entièrement absorbé par un paysage, une musique.. C’est ainsi que Rousseau parle du bonheur dans ses Promenades.

Nous avons tous connu, nous connaissons tous ces instants de bonheur qui nous réconcilient avec la vie, avec le monde, avec nous mêmes. C’est pourquoi le mot existe, porteur d’une aspiration puissante et qu’on peut rêver, souhaiter qu’ils se prolongent et durent toujours : ‘ Ô temps, suspens ton vol’ mais tous les Anciens savaient déjà qu’un bonheur absolu, permanent ne concerne jamais les existences humaines

Les anciens Grecs , faisaient du bonheur l’apanage des dieux, les humains, eux, étaient les ‘éphémères’, soumis à des difficultés constantes, à la maladie, à l’angoisse de la mort. Les grandes religions monothéistes ont renvoyé le ‘seul vrai Bonheur’ dans un paradis situé dans un au-delà.

L’attente d’un bonheur absolu, permanent est, soit une promesse religieuse qui ne concerne pas ce monde, soit une illusion mystificatrice qui ne peut en rien nous guider dans la recherche d’une vie satisfaisante en ce monde.

Parmi les philosophe, aucun ne prétend guider vers une vie parfaite ; tous prennent en compte les limites et les aléas d’une existence humaine qui ne peut que s’égarer en ne cherchant ‘que du bonheur’.

Ils cherchent tous les conditions d’une vie satisfaisante, équilibrée. Elle ne peut s’épanouir ni dans le tourbillon de la consommation, ni dans des oasis artificielles, ni dans un enfermement égoïste.

Le bonheur est un idéal exigeant où se joue notre rapport à nous-mêmes, notre rapport aux autres, notre rapport au monde. C’est un objectif jamais définitivement gagné mais jamais définitivement perdu ; toujours à construire, à enrichir, à préserver.

Geneviève Darmon