GROUPE DE PAROLES DU 2 juin 2023

« Etre à sa place », « tenir sa place », « ne pas tenir en place », « se mettre à la place des autres », autant d’expressions qui sont le signe que la place que l’on occupe au sein d’un groupe (du plus petit groupe qu’est la famille aux plus grands quand vient la scolarité, la vie en collectivité et la vie professionnelle), revient sans cesse dans notre existence.

Derrière la place, se dessine la singularité de l’individu, l’insertion dans la société liée au statut, à l’identité, au rôle de chacun. On peut imaginer aussi la place au sens propre comme la place d’un village à partir de laquelle tout commence ; des commerces, des habitations.

La première histoire qui est racontée à travers ce thème est écrite par un médecin humaniste, Baptiste Beaulieu, écrivain, qui raconte avec Les gens sont beaux comment chaque trace sur notre corps cache une histoire, une histoire que les gens peuvent ne pas souhaiter connaître ou découvrir mais dont il faut prendre soin. Pourtant, c’est par les accidents ou aléas de la vie que l’on se constitue. « Quand on se moque de quelqu’un ou de ses apparences, on se moque de son histoire, une histoire que très souvent on ne connait pas » écrit-il. Et à la lecture de ce livre, une maman s’exprime, « les cicatrices on peut les dépasser car si on n’assume pas… » ce à quoi une autre maman rétorque que « l’on peut assumer sans pour autant les oublier, c’est toute la question des cicatrices visibles et invisibles ».

La place évolue avec les âges, il a y celle que l’on a bébé, enfants avec des tournants décisifs à l’âge des 3-4 ans, de l’adolescence, puis à l’âge adulte. Comme le souligne le psychologue Michel Delage « L’enfant exprime ses besoins et en étant satisfait il développe un sentiment de bien–être, de sécurité qui l’attache à ses proches ». L’enfant peut développer un sentiment d’empathie en se mettant à la pace des autres, ou pas. Annie Teboul précise aussi qu’après, c’est toute la question de la fratrie, de l’Œdipe qui se met en place et qui joue sur la place au sein de la famille avec parfois des problèmes de jalousie, d’envie. Une maman évoque la question de la place dans la fratrie et notamment pour les seconds. Dans le cas de sa famille, la découverte d’une pratique artistique valorisante a permis au jeune de s’investir et de trouver sa place, comme unique. Une autre maman abonde dans ce sens en précisant bien que cela est d’autant plus juste si les parents acceptent et valorisent cette activité artistique. Ne pas être à sa place c’est et les psychologues le disent  « être étranger à soi-même et ne plus savoir ce que l’on veut ». Au sein d’une famille, souvent ce dialogue revient « met toi à ma place » avec une impossibilité pour l’enfant de se mettre à la place de l’adulte et une possibilité relative de la part de l’adulte de se mettre à la place de l’enfant.

« Nous ne sommes jamais exactement à la même place et marchons sur des sables mouvants » Claire Marin, auteure de Etre à sa place.

On peut choisir sa place ou avoir une place assignée, opter pour la normalité ou le vagabondage. On peut se donner une marge de liberté avec du rêve et du fantasme ou bien faire bouger les lignes pour ne pas répéter les erreurs. Car les grands philosophes le disent, à l’instar d’Heraclite, « Tout change, tout bouge, rien ne demeure « comme un fleuve qui semble toujours identique mais où l’eau n’est jamais la même, nous changeons ainsi que les choses ». Toute cette souplesse mentale peut conduire à des initiatives insolites. On pense à Rosa Parks qui, refusant de laisser son siège dans ce bus aux  Etats Unis dans les années 50, a ébranlé tout un système basé sur la ségrégation ou encore à l’autrice de La couleur des sentiments de Kathryn Stockett qui raconte l’histoire d’une femme qui choisit de donner la parole à ceux qui n’ont pas droit au chapitre.

On finit par deux ouvrages humoristiques et visuellement originaux : « Un drôle de lundi » de Jeanne Macaigne et Tigres et léopards  de Jill Gill. Deux univers différents qui prennent la place l’un de l’autre ou qui décident de mettre en harmonie leur environnement.

« Murir, c’est trouver sa place dans la société », Emmanuel Mounier philosophe.

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